Archevêque

Homélies

SAINTE THÉRÈSE D'AVILA

SAINTE THÉRÈSE D'AVILA

Fête des jubilaires (prêtres)

15 octobre 2009  

C’est aujourd’hui la fête de sainte Thérèse d’Avila. Nous connaissons l’importance de Sainte Thérèse dans la vie de notre Église. En fondant l’Ordre du Carmel, elle a marqué la vie religieuse, la vie contemplative en particulier, de façon unique. Son influence ne s’est pas amoindrie au cours des siècles. Si bien qu’en 1970, Paul VI l’a proclamée docteur de l’Église.

 Vous savez que l’influence de Sainte Thérèse s’est fait sentir dans notre diocèse par la présence de carmélites à Danville pendant les cinquante dernières années. Malheureusement, récemment, la décision fut prise de mettre fin aux activités du Carmel de Danville. Nous comprenons cette décision; elle s’imposait compte tenu de la situation concrète du Carmel. Il est toutefois malheureux qu’une autre institution doive nous quitter après avoir marqué notre milieu pendant de nombreuses années. 

APPAUVRISSEMENT

L’appauvrissement qui marque la vie de notre Église depuis un certain temps se continue. Et il y a lieu de croire que ce n’est pas terminé. Il nous faut garder l’espérance même si les expériences que nous traversons sont pénibles. Je pense à la fermeture du monastère de Danville, je pense aussi aux évènements qui ont empêché Mgr Mancini de venir vivre les Journées du presbyterium avec nous. Je connais bien Mgr Raymond Lahey, l’ancien évêque d’Antigonish. C’est un confrère de Grand Séminaire. Je ne peux donc pas être insensible devant tous ces évènements. 

Nous avons longtemps vécu dans le calme. Tout allait bien dans notre Église. Tout semblait bien aller. Mais des choses couvaient en attente du moment favorable à leur éclosion ou mise à jour. Que veut nous dire le Seigneur par tout cela? Cela doit alimenter notre prière.

 Jésus disait aux docteurs de la Loi : « Malheureux êtes-vous… ». Il s’adresse alors aux légistes. Saint Luc fait une distinction entre eux et les scribes. Les légistes étaient connus pour leur interprétation rigoureuse de la Loi, lui ajoutant même des obligations injustifiées, alors qu’eux-mêmes savaient très bien, grâce à la casuistique, éviter de faire ce qu’ils prescrivaient aux autres. Le raisonnement que Luc propose semble le suivant : en érigeant des monuments aux prophètes, les chefs juifs tentent de couvrir la culpabilité qu’ils ont héritée de leurs pères qui tuèrent les messagers de Dieu; une piété extérieure, non accompagnée par une vraie obéissance à la parole de Dieu. Ce sont des hypocrites. Ils paraissent honorer les prophètes, alors qu’ils projettent de tuer celui dont les prophètes ont annoncé la venue. 

Le sens premier de ces textes est sans doute l’objet d’études de la part des exégètes. Car il s’agit d’un sujet important. Il revient à quelques reprises chez les autres évangélistes. Ce thème de l’hypocrisie est important pour tout croyant. Le comportement religieux peut toujours comporter le mensonge. Ce n’est pas exclusif au religieux (l’amour peut aussi être l’objet de feinte, on le sait bien), mais c’est fréquent dans le comportement religieux. 

LA COHÉRENCE

C’est aussi important, est-il besoin de le souligner, chez les pasteurs et pour les pasteurs. La fausseté, l’hypocrisie ne pardonnent pas. Chez le pasteur, c’est le devoir de cohérence. On sait que les gens sont particulièrement impressionnés par les témoins. Or, les témoins s’imposent à cause de leur cohérence, cohérence entre la foi exprimée et le comportement, entre le dire et le faire.

 Un des éléments à prendre en considération dans l’analyse de la crise religieuse qui s’est abattue sur le Québec depuis une quarantaine d’années, c’est, me semble-t-il, les failles de cohérence dans notre christianisme. Je fais l’hypothèse que nous subissons les conséquences des failles de cohérence dans notre vécu religieux. 

Je ne fais pas référence aux lacunes ni même aux fautes individuelles qui ressortissent de manquements à la morale. Je pense plutôt à la faute collective qui a fait en sorte que nous avons vécu collectivement, que nous avons pensé collectivement comme si l’Évangile n’existait pas.

Le Cardinal Georges de Chicago vient de faire paraître un livre dans lequel il aborde la question de l’évangélisation de façon neuve. J’ai retenu de la présentation de son livre la réflexion suivante : la modernité, par l’exaltation d’une liberté sans entraves aucunes, a fait croire que tout était permis. Il ne faut pas contraindre les comportements individuels. Mais, dans cette société, le pardon est devenu presque impossible. 

Or, dit le Cardinal Georges, dans l’Évangile, c’est exactement l’inverse qui apparaît. Dans la perspective de la foi chrétienne, tout est pardonnable. Il n’y a pas de limite à la générosité de Dieu. Cependant, la foi chrétienne impose de sérieuses limites aux comportements. Tout n’est pas permis. Tout peut être pardonné, mais tout n’est pas permis. Ce n’est pas du tout ce qui est retenu par la société d’aujourd’hui.

La modernité nous a touchés de façon profonde. Il y a longtemps que notre comportement n’est plus très marqué par l’Évangile.

┼ André Gaumond

Archevêque de Sherbrooke

15 octobre 2009


ORDINATION DIACONALE

(Guy Fortin, Gilles Bouthillier, Guy Gagnon)

10 octobre 2009

Le récit que nous avons lu et qui est extrait du Livre des Actes des Apôtres (Ac 6,1-7) est bien connu. On l’identifie souvent comme étant celui de l’institution des Sept. Certains voient dans ce texte l’origine du ministère diaconal, d’autres contestent cette interprétation puisque jamais les diacres reconnus ne reçoivent le titre de diacres. De plus, le ministère qu’ils exercent  dépasse de beaucoup le cadre dans lequel il prend naissance. Peu importe. Les savants ont droit à leurs propres analyses. On sait toutefois que les Pères de l’Église, sauf quelques exceptions, ont vu dans ce texte une référence au diaconat.

INSTITUTION DES SEPT

Quel est le motif de cette institution des Sept? Le texte répond : « Le nombre des disciples augmentait et les Hellénistes se mirent à récriminer parce que leurs veuves étaient oubliées dans le service quotidien ». Il y avait des murmures dans la communauté. Un phénomène qu’il nous arrive de constater dans nos propres communautés. Il n’est pas récent. Les communautés sont formées d’êtres vivants qui réagissent. À peu près toujours de la même façon, par des murmures et des critiques.

L’augmentation du nombre des croyants a été un des déclencheurs de l’opération, pourrait-on dire. Nous sommes dans une Église en pleine expansion et les apôtres ne peuvent plus répondre à la tâche ministérielle qui s’impose à eux.

Il est une autre raison, c’est la composition de cette Église. Elle est formée de deux groupes : les Hellénistes et les Hébreux. Les premiers sont des Juifs parlant le grec et ouverts dans leur manière de vivre et d’accueillir la nouveauté d’une foi chrétienne naissante. Les seconds sont des Juifs de Jérusalem parlant l’hébreu et vivant leur foi au Christ dans la dépendance et la continuité de la tradition d’Israël. Qu’il y ait deux groupes, c’est intéressant et cela montre que la foi au Christ est déjà sur la voie d’un certain universel. Mais, précisément, ce n’est pas encore parfaitement acquis.

Et c’est là la troisième raison expliquant la nécessité de se donner un autre groupe d’intervenants pastoraux, dirait-on aujourd’hui. La communion dans la communauté n’est pas encore parfaitement réalisée car « les veuves des Hellénistes sont délaissées dans le service quotidien ». Remarquons aussi que les veuves sont traditionnellement le symbole de la pauvreté dans cette société.

Pour résumer, disons qu’à un certain moment donné de l’histoire de la communauté chrétienne naissante, sont apparus des serviteurs, différents des apôtres, dont la mission a été d’assurer des services qui permettaient de garder au ministère de la Parole son importance première. Et notons aussi qu’à la suite de l’institution de ces Sept, c’est la première fois que la communauté de Jérusalem a des ministres d’une autre culture, les Hellénistes. C’est fort intéressant. C’est anticiper une situation qui sera celle d’une Église qui se définit comme catholique, universelle.

LA MOISSON

« À la vue des foules, il en eut pitié, car ces gens étaient las et prostrés comme des brebis qui n’ont pas de berger».

Le regard du Seigneur se pose sur son peuple. Le spectacle de la foule, qui éveillait peut-être chez les disciples des sentiments d’antipathie, de colère  ou de mépris, emplissait le cœur de Jésus d’une grande pitié. Ce peuple était abandonné par ceux qui pourraient l’aider. Les docteurs de la loi n’étaient pas sensibles aux véritables besoins de ce peuple. Ils condamnaient sévèrement les pécheurs sans leur porter secours. À quoi bon ces observateurs zélés de la Loi quand manquent des bergers pour la communauté?

Jésus a senti le besoin de pourvoir son peuple de bergers généreux, actifs et dévoués. Il constatait que le peuple était désemparé et qu’il avait besoin de ce que l’on appellerait aujourd’hui un leadership efficace et plein d’enthousiasme. « La moisson est abondante» .Et le champ de Dieu est mûr pour la moisson. L’heure est venue pour ces pauvres  d’être amenés dans le Royaume de Dieu. Et il n’y a pas de temps à perdre. La moisson ne supporte aucun retard. Et Jésus se cherche de l’aide. Il ne peut faire cette œuvre seul. Quels sont les collaborateurs qui lui prêteront assistance? Dieu seul les connaît et doit les donner à son Fils.

La situation qui était celle qui se présentait à Jésus ressemble étrangement à celle qui nous confronte aujourd’hui. Notre communauté humaine, en particulier celle d’ici, est en sérieuse situation de besoins de toutes sortes. Il y a de très nombreux docteurs d’allégeances multiples, omniprésents dans les médias, qui essaient de s’imposer aux gens. Mais il y a très peu de véritables bergers, conscients des dangers que les brebis sont susceptibles de rencontrer mais bien décidés à bien indiquer la route à suivre pour arriver à la bergerie en toute sécurité.

Il faut, aujourd’hui, des bergers et vous êtes appelés à en être, vous chers diacres. Vous êtes conscients d’être dans un moment d’Église marqué par des besoins nouveaux. Votre problème n’est pas que le nombre des croyants soit en augmentation, mais c’est qu’il n’y a presque plus de bergers pour diriger ce peuple, que la communauté nouvelle qui se forme est de plus en plus pluriethnique et que la communion est difficile à réaliser. Votre mission est grande.

+André Gaumond

Archevêque de Sherbrooke

10 octobre 2009



acrobat

Le logiciel Adobe Acrobat Reader est
nécessaire pour visionner ce document.
Pour l'installer, veuillez cliquer ici.