Archevêque Homélies

MESSE CHRISMALE 2010

MESSE CHRISMALE

30 mars 2010 

La messe chrismale est une messe rituelle. C’est la messe à l’intérieur de laquelle le rite de la consécration du chrême et de la bénédiction des autres huiles est accompli. Il semble qu’à l’origine cette messe constituait une préparation à la célébration des sacrements de l’initiation chrétienne durant la veillée pascale. Comme cette messe n’est pas liée à un épisode précis de la vie du Christ, il est possible de l’anticiper un autre jour que le jeudi saint, qui est le jour originellement prévue pour cette célébration.

La messe chrismale a aussi une autre signification : elle est l’une « des principales manifestations de la plénitude du sacerdoce de l’évêque et le signe de l’union étroite des prêtres avec lui ». Ce sont là les mots employés par le missel romain. Le Pape Paul VI a insisté sur cette dimension de la messe chrismale. C’est pourquoi il a fait rajouter la rénovation des promesses sacerdotales. Cependant, comme la bénédiction des huiles, huile des malades et des catéchumènes de même que la consécration du chrême nous mettent en relation avec l’ensemble des baptisés, la célébration n’est plus axée uniquement sur le sacerdoce ministérielle mais aussi sur le sacerdoce de l’ensemble des fidèles comme baptisés en Jésus-Christ.

La messe qui nous rassemble a donc pris des accentuations diverses au fil des âges. Cette année, nous situant dans le cadre de l’année sacerdotale ouverte par le Saint-Père en juin 2009, nous arrêterons notre attention et notre réflexion sur la réalité du prêtre et de son ministère pour la vie de l’Église.

ANNÉE SACERDOTALE

 Il est intéressant de noter que cette année thématique, l’Année sacerdotale, n’est pas présentée par le Saint-Père comme une année de prière, de réflexion théologique sur la nature du prêtre, sur ses principales fonctions, sur les relations qu’il doit entretenir avec les autres membres du peuple de Dieu. Il s’agit d’une année qui « veut contribuer à promouvoir un engagement de renouveau intérieur de tous les prêtres, afin de rendre plus incisif et plus rigoureux leur témoignage évangélique dans le monde d’aujourd’hui ». La démarche initiée par le Pape s’adresse d’abord aux prêtres. Le prêtre est invité à réaliser le don qu’il est « non seulement pour l’Église mais aussi pour l’humanité elle-même ». Le prêtre est nécessaire à la vie de l’Église et du monde, non pas, bien sûr, à cause de ses qualités personnelles, non pas parce que sa fonction est la seule importante mais parce qu’il est comme un « autre Christ ». Le prêtre est profondément uni au Christ dans sa relation à ses frères et sœurs. Il est ministre de leur salut, de leur bonheur, de leur libération authentique, comme le fut le Christ.

Benoît XVI insiste sur la nécessité d’un témoignage fort de la part des prêtres. « Pour éviter que ne surgisse en nous un vide existentiel et que soit compromise l’efficacité de notre ministère, il faut que nous nous interrogions toujours de nouveau : Sommes-nous vraiment imprégnés de la Parole de Dieu? Est-elle vraiment la nourriture qui nous fait vivre, plus encore que le pain et les choses de ce monde? La connaissons-nous vraiment? L’aimons-nous ? Intérieurement, nous préoccupons-nous de cette  Parole au point qu’elle façonne notre vie et informe notre pensée?». 

LE CURÉ D’ARS

L’Année sacerdotale est mise sous le patronage du Curé d’Ars. Remarquons que ce saint, Jean-Marie Vianney, est désigné par la mission qu’il a reçue. Son identité fut d’être curé et sa sainteté est advenue parce qu’il a réalisé pleinement la mission confiée. Jean-Marie Vianney s’est identifié à son ministère. C’est là le lieu par excellence de la sanctification pour un prêtre. 

Il est une autre dimension très éclairante du ministère qu’il a accompli à Ars. C’est sa fécondité. Quand le curé nouvellement nommé est arrivé à Ars, il y avait 230 habitants dans le village. Après un certain temps, on calcule que 80 000 personnes sont passées par Ars en une année. 

La fécondité d’un engagement pastoral ne s’évalue pas cependant en référence à la quantité. Les gens touchés par l’action du curé auraient pu être moins nombreux et sa fécondité non moins réelle. La fécondité d’un ministère pastoral ne nous appartient pas. Elle n’est pas dépendante du prestige du ministre, de l’argent ou du pouvoir. Elle est radicalement différente de la fécondité de l’engagement politique, par exemple. La fécondité pastorale est assise sur une vie de prière authentique, sur une fidélité solide à une mission d’Église. C’est ce que l’Esprit va féconder. Que le prêtre d’aujourd’hui semble avoir moins d’efficacité que celui d’autrefois, qu’il soit moins accepté par le monde, qu’il soit jugé démodé et plus ou moins pertinent pour la société de maintenant, il faut éviter d’en conclure que son action est moins féconde. Rappelons-le : sa fécondité ne dépend pas de lui. 

L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction…(Luc 4,18).

Nous connaissons ce texte d'Isaïe. C’est ce texte que le Seigneur reprend quand il se lève dans la synagogue pour faire la lecture. Ce qui  nous rappelle que le Christ est venu parmi nous pour réaliser en plénitude ce qu'Isaïe et d'autres prophètes avaient annoncé. Le mot clé de cet évangile est le mot « aujourd'hui ». « Cette parole de l'Écriture, que vous venez d'entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit (Luc 4,21) ».

C’est l’Esprit du Seigneur qui était à l’œuvre dans l’engagement humble de Jean-Marie Vianney. C’est aussi l’Esprit du Seigneur qui rend l’action des prêtres d’aujourd’hui féconde et porteuse de sens.

LE PAPE

Permettez-moi, au terme de cette homélie, d’ajouter quelques mots sur la situation particulière que vit notre Église, ces temps-ci. Récemment, les médias d’ici et d’ailleurs, ont fait grand état de multiples scandales de nature sexuelle impliquant des prêtres. Et ces jours derniers, des accusations ont mis en cause le Pape lui-même. Je tiens, en mon nom personnel et aussi sans doute en votre nom, à exprimer la confiance entière que nous maintenons à notre Saint Père le Pape. Il est déplorable que certains médias, aujourd’hui, s’appuyant sur des affirmations de quelques personnes ou de quelques groupes, publicisent à la grandeur de la planète des accusations qui n’ont pas encore été rigoureusement analysées. À répéter inlassablement des accusations et des insinuations de toutes sortes, on en vient à conclure qu’il s'agit de faits et à créer un climat de suspicion délétère. Il faudra, un jour, réfléchir sérieusement sur les exigences éthiques de certaines pratiques journalistiques en regard de ce que l’on identifie abusivement comme « nouvelles ».

La Semaine Sainte est en cours. Vivons dans la foi cette Passion actuelle dans laquelle l’Église est amenée.

+André Gaumond

Archevêque de Sherbrooke

30 mars 2010

 

 

 

 



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