Le Sacrement du Pardon
Aux fidèles de l’archidiocèse de Sherbrooke
Le Sacrement du Pardon
Il y a au-delà de deux ans (avril 2002), Jean-Paul II faisait parvenir aux Églises du monde la lettre apostolique Misericordia Dei.
Le Saint-Père visait à « donner sans tarder une nouvelle impulsion au sacrement de la réconciliation ». La lettre ne se présente pas comme un document de réflexion théologique sur l’ensemble de la réalité du sacrement de la réconciliation, mais c’est plutôt une analyse de certains aspects de la célébration du sacrement de la réconciliation.
On a retenu de cette lettre les deux éléments qui comportent le plus d’implications pastorales :
1) La confession individuelle et intégrale avec l’absolution constitue l’unique mode ordinaire par lequel un fidèle conscient d’un péché grave est réconcilié avec Dieu et avec l’Église.
2) L’absolution à un ensemble de pénitents sans confession individuelle préalable... ne peut pas être donnée par mode général sauf si un danger de mort menace… (et) s’il y a une grave nécessité.
Autrement dit, l’absolution collective telle que nous l’avons pratiquée dans notre diocèse et ailleurs, aussi au Québec et dans certaines parties du monde, ne peut plus être maintenue.
Le choc ressenti par les fidèles et par les prêtres est grand. Et il est compréhensible. Depuis au-delà de trente ans, la pratique de l’absolution collective a été largement répandue. Comme je l’écrivais dans une lettre récente aux prêtres, les effets positifs d’une telle pratique pastorale ne sont pas à négliger. Les célébrations ont été préparées avec soin, la démarche du pardon a été située et vécue dans un contexte de grande confiance et même de joie et l’enracinement biblique de la réconciliation a été bien dégagé. Et la pratique de cette forme du sacrement a permis de créer un climat de sérénité intérieure chez les pénitents, ce qui était réconfortant pour ceux et celles qui avaient pu être victimes, antérieurement, d’attitudes de trop grande sévérité de la part de certains confesseurs.
L’Église nous demande maintenant de changer notre pratique pastorale antérieure et de valoriser la confession individuelle ou la célébration communautaire avec absolution individuelle. On est tous conscients des implications d’un tel changement de pratique. Si le Saint-Père nous demande de faire ce pas, c’est pour renouveler le sacrement du pardon qui a tendance à être jugé inutile par un monde qui a perdu le sens du péché. Donner une impulsion nouvelle à la démarche sacramentelle, c’est sans doute s’ouvrir à une expression privilégiée de la miséricorde divine.
Chers diocésains et diocésaines, nous avons à changer la pratique à laquelle nous étions habitués. En donnant plus d’importance à la célébration individuelle et à la forme communautaire avec absolution individuelle, nous nous resituons dans la pratique de l’Église universelle. Le Saint-Père a parlé en son nom, il a parlé aussi au nom de toutes ces Églises, partout dans le monde, qui essaient de s’ouvrir à la miséricorde divine par le recours à un sacrement si riche en grâces. Par notre pratique antérieure, nous avons réalisé de très belles choses. En revenant à une démarche plus individuelle et à une démarche communautaire avec absolution individuelle, nous donnons un sens nouveau à ce que nous avons fait.
Je vous encourage non pas à renier les effets fructueux du passé, mais à poursuivre plus avant. Il serait souhaitable de continuer à développer une forme communautaire de préparation du sacrement avec absolution individuelle. Il s’agit là d’une formule susceptible de conserver la dimension communautaire qui a été appréciée dans la pratique antérieure.
Au début de la prochaine année, nous proposerons des démarches de formation adaptées à la situation nouvelle dans laquelle nous entrons. Ensemble, pasteurs et fidèles, nous chercherons les meilleures voies pour vivre, de façon authentique, l’expérience chrétienne de la réconciliation.
Si le Saint-Père insiste si fortement pour la célébration avec absolution individuelle, il serait bon d’en considérer les raisons. Sous l’aspect de la norme, il y a sans doute des raisons théologiques, sacramentaires, psychologiques. C’est dans un moment comme celui-ci que nous sommes invités à une réflexion plus profonde et à procéder à un discernement plus attentif.
Dans le diocèse, à la parution de Misericordia Dei (2002), des fidèles, dans une paroisse, ont étudié la lettre apostolique. Il y a eu présentation aux paroissiens de ce milieu. Il semble que l’accueil s’est fait dans la paix et que les célébrations pénitentielles avec absolution individuelle sont vécues à la satisfaction des gens. On pourrait sans doute faire la même démarche dans chacune de nos communautés.
À ce moment-ci, nous en sommes à l’appropriation du contenu de la lettre du Saint-Père. Il nous faudra aller plus loin et mieux comprendre et intégrer les nombreuses invitations qui nous ont été faites, depuis Paul VI, concernant le sacrement de la réconciliation.
Il est bon de mentionner aussi que le rappel actuel ne met pas en doute le pardon des fautes que les fidèles ont présentées au Seigneur dans les célébrations antérieures. La miséricorde de Dieu n’est pas contrainte par les formes qui nous permettent d’exprimer l’état de notre âme.
Je reprends, en terminant, ce que j’écrivais il y a quelques semaines (octobre 2004): Le sacre-ment du pardon ne sera jamais facile à vivre. Il exige tellement de la personne que l’on peut être tenté de reporter sur la forme du sacrement, ses modalités, les difficultés qui sont inhérentes à sa nature même.
Que le Seigneur nous assure des lumières de son Esprit pour que nous soyons accueillants aux grâces que ce sacrement peut offrir.
†André Gaumond
Archevêque de Sherbrooke
Novembre 2004
Lettres 