Adoration
Eucharistique
Sherbrooke 5 novembre 2007
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CONGRÈS
MONDIAL DE L'UNION
CATHOLIQUE INTERNATIONALE DE LA PRESSE
Sherbrooke 7 juin 2007
« Tu aimeras le Seigneur
ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de
toute ta force ». Et « tu
aimeras ton prochain comme toi-même ». Ces
paroles de Jésus nous sont familières. C'est
le résumé du message de Jésus concernant
les relations avec Dieu et avec le prochain. C'est
là une parole d'importance majeure, non seulement
pour nous les chrétiens, mais aussi pour toute
l'humanité.
Notons que Jésus répond alors à une
question. « Quel est le premier de tous les commandements? Il était
habitué à se faire poser toutes sortes de
questions. Elles étaient souvent malveillantes
car on espérait le prendre au piège d'une
réponse compromettante. Ce n'est pas le cas,
cette fois-ci. La question est une vraie question
et dans le contexte juif, elle se comprend facilement. Lequel
des 613 commandements à respecter est le plus important?
AIMER, UN COMMANDEMENT?
La question était claire; la réponse l'est
aussi. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu...Tu
aimeras le prochain comme toi-même ». La
réponse est claire mais elle comporte certaines
difficultés. Une première est celle-ci :
comment est-il possible qu' aimer puisse être
commandé? Dans le langage courant, aimer signifie
souvent apprécier . « J'aime
le café », c'est-à-dire « j'apprécie
le café ». Mais quand les amoureux
emploient le même verbe, le « Je t'aime » signifie
plus qu' apprécier . C'est
l'expression d'un sentiment d'attachement que l'on souhaite
fort être partagé par l'autre. Peut-on
commander un tel sentiment? Nous sommes tous convaincus
que non . Alors, comment donc aimer Dieu et son
prochain peut-il faire l'objet d'un commandement? Probablement
parce que, pour la Bible, aimer est moins
une affaire de sentiment qu'une façon d'être
avec l'autre. Aimer réclame
un acte plus qu'un sentiment. Nous en avons une
illustration dans l'autre recommandation surprenante de
la part de Jésus : « Aimez vos ennemis ». Aimer, c'est
d'abord faire.
Aimer Dieu, c'est chercher à faire ce qu'il nous
a dit de faire. Aimer son prochain, c'est faire
pour lui ce que Dieu fait pour nous, pardonner par exemple. La
loi chrétienne ne peut être appuyée
sur le sentiment ou le goût. Elle n'exclut
pas le sentiment ou le goût, mais ce n'est pas là son
point d'appui. Ce serait même la cause de
la destruction de la loi. C'est la relation à Dieu
fondée sur l'acceptation de son rôle envers
nous et la reconnaissance de son amour qui nous permet
de saisir ce qu'il veut de nous.
COMME TOI-MÊME
Il y a une autre difficulté. « Tu
aimeras ton prochain comme toi-même ». Que
veut dire ce « comme toi-même ». Diverses
interprétations ont été proposées. On
peut probablement retenir celle qui reprend ce que l'on
identifiait comme « la Règle d'or » du
judaïsme : « Ne fais pas à ton
prochain ce que tu n'aimerais pas qu'il te fasse ».
Le commandement portant sur l'amour
du prochain n'est pas nouveau. On le connaissait depuis un bout de
temps. Et pourtant, Jésus oriente vers quelque
chose de nouveau. Quand il se réfère
au prochain, il ne s'agit pas seulement du compatriote
coreligionnaire, ni même de l'étranger qui
vivant en Israël s'est déjà assimilé. Pour
Jésus, le prochain c'est le possédé,
par exemple, c'est la femme qui demande la délivrance
de sa fille, ce sont aussi les païens qu'il rencontre. C'est
nouveau de voir dans l'étranger un prochain.
La nouveauté du message de Jésus, c'est
qu'il n'est pas théorique. De même
que l'amour de soi-même se concrétise dans
les actions que l'on prend pour se maintenir en santé,
pour se défendre contre les ennemis, pour se protéger
contre les multiples forces extérieures susceptibles
d'agir sur soi, de même l'amour du prochain devra
emprunter des chemins très concrets : travailler
au bien-être des autres, partager ce que l'on a...etc. C'est
tout l'Évangile que l'on devrait citer ici pour
illustrer ce que Jésus entend par l'amour du prochain.
UNE RESPONSABILITÉ PARTICULIÈRE
Chers amis, vous oeuvrez dans le
monde des communications. Les
communications ne sont pas catholiques, en soi, c'est bien
certain. Les périodiques pour lesquels vous travaillez
le sont cependant. L'exercice de votre métier
est donc marqué par une responsabilité particulière,
celle de tenir compte de la ligne de parti, dirait-on dans
d'autres milieux.
Je suis un consommateur de médias, comme tout le
monde. J'essaie de le faire de manière intelligente,
dans la mesure du possible et aussi de façon responsable. Je
note deux tendances fortement inscrites dans les médias
que nous fréquentons de façon régulière.
Une première tendance est celle de la réduction
d'à peu près tous les problèmes et
de toutes les situations à un schéma dualiste. Il
est plus facile et plus confortable aussi de faire des
analyses qui permettent d'isoler tout le vrai d'un côté et
le faux de l'autre. Récemment, dans notre
milieu, des élections ont amené, sur l'échiquier
politique, une troisième force, ce qui contraint
les analystes à sortir du schéma facile de
tout lire en mode dualiste. Le chrétien doit
toujours être attentif pour souligner la présence
des valeurs évangéliques, partout où elles
affleurent.
Je voulais toutefois surtout pointer
une autre tendance, dans le monde des communications
aujourd'hui, c'est celle qui dévalue le pardon. Traitant de certaines
situations d'injustice, d'agression, il arrive souvent
que l'on pose, aux victimes, la question : « Allez-vous
pardonner ». La réponse est presque toujours : « Certainement
pas ». Et l'on en reste à cette réponse. Je
trouve que, pour un chrétien, il y a là matière à interrogation. Il
est certes difficile, dans certaines situations d'évoquer
le pardon. Le chemin du pardon peut quelquefois
devenir une fuite. Mais on ne peut pas laisser se
développer la perspective d'un monde sans pardon. Le
chrétien a le devoir de défendre cette grande
valeur évangélique.
†André Gaumond
Archevêque de Sherbrooke
Le
7 juin 2007
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